l'acuité visuelle

  1. Définir l'acuité visuelle
  2. Comme nous l'avons dit il est assez facile d'avoir une idée intuitive de cette notion. Elle doit caractériser la capacité pour le système visuel à discriminer les détails fins d'un objet. La difficulté va être de définir une grandeur mesurable pour cette acuité.
    Pour mesurer cette capacité de discrimination, on peut imaginer un sujet regardant deux points séparés d'une distance A B. Quand on éloigne ce test du sujet: au début, il voit les deux points séparés et à une distance D il n'est plus capable de dire s'il n'y a qu'une ellipse ou deux points. Cette capacité peut être mesurée par l'angle apparent sous lequel est vu AB depuis l'œil que l'on appellera e angle minimum de résolution (AMR).

    Avec cette notation, plus l'acuité d'un œil est élevée, plus l'angle minimum de résolution est faible. C'est pourquoi en pratique, on préférera une définition à partir de l'inverse de l'angle de rotation que nous donnerons plus loin.
    Pratiquement plusieurs modes d'évaluation vont être possibles qui ne peuvent être considérés comme équivalents.
    Ces évaluations peuvent être basées:

    1. sur la détermination du pouvoir de séparation comme nous l'avons vu. Les résultats pratiques conduisent à des AMR de 2 à 3' pour des points et de 40" à 1' pour des traits. Ces valeurs ne sont qu'indicatives car elles dépendent beaucoup des conditions (taille des points ou largeur des traits, contraste ….). Ces méthodes présentent une incertitude: le sujet voit-il deux points séparés ou considère-t-il qu'il y a deux points séparés parce que la forme qu'il perçoit à l'allure d'une ellipse?
    2. sur des reconnaissances d'objets ou de formes (lettres, chiffres, anneaux brisés….). On détermine alors ce que l'on appelle l'acuité morphoscopique. Le résultat obtenu dépend bien sur de l'AMR mais fait appel à des fonctions corticales de reconnaissance de forme. C'est cette méthode qui sera toujours appliquée en optométrie.
    3. sur des résolutions fréquentielles. On présente au sujet non plus un objet unique (2 points, lettre….) mais un réseau de traits de fréquence spatiale donnée (mires de Foucault …).

    Snellen en 1862 utilisa comme forme le "trident de Snellen" sorte de E inscrit dans un carré 5´ 5 dont l'épaisseur du trait est 1. (En fait, cette forme de trident appelée couramment de Snellen est le trident de Raskin, le E de Snellen avait une forme différente voir sur le site du SNOF pour un historique plus fouillé)

    Il demandait au sujet d'indiquer la position du trident (ouverture à droite, à gauche…). Quand on atteint la limite pour ce sujet, la distance de présentation étant notée D et la hauteur du trident h, celui-là est vu sous un angle:

    Le sujet perçoit la ligne de séparation entre les branches qui a pour épaisseur h/5.   L'AMR est donc égale à a /5.
    Snellen posa par convention que l'acuité d'un sujet ayant un AMR de 1' était égale à 1 (10/10) ce qui le conduisit à la définition de l'acuité morphoscopique:

    C'est cette définition de l'acuité qui est toujours utilisée actuellement.

  3. Les différents optotypes
  4. Pour déterminer l'acuité visuelle d'un sujet, on réalise des tableaux avec des formes unitaires de différentes tailles correspondant à différentes valeurs d'acuité pour une distance d'observation donnée. Chaque élément de ce tableau est appelé un optotype.

    Citons les principaux optotypes utilisés:

    Les résultats obtenus avec ces optotypes ne seront pas rigoureusement identiques. Un des problèmes rencontrés avec les échelles de lettres concerne les confusions faites souvent entre différentes lettres de forme similaire et surtout la variabilité du résultat obtenu en fonction de la typographie, de leur présentation (épaisseur du trait, séparation entre chaque lettre, entre chaque ligne).

    La notation de l'acuité visuelle se fait de différentes façons:

  5. Les différentes échelles
  6. Après avoir choisi l'optotype comme étant une lettre, il faut choisir quelles valeurs d'acuité seront testées.
    Parmi les nombreuses solutions qui ont été proposées, nous allons citer les trois les plus communément utilisées:

    Pour comparer ces divers choix, on peut représenter sur un graphique pour chacun d'eux l'ensemble des acuités testées en fonction de l'angle apparent sous lequel est vu l'optotype (conventionnellement égal à cinq fois l'AMR).
    On remarque que sur ce graphique, l'échelle décimale manque de précision pour les faibles acuités (<4/10) contrairement aux deux autres échelles. Pour les bonnes acuités, les échelles sont équivalentes. Il faudra toujours avoir présent à l'esprit ce point lors de l'examen de vue s'il est fait avec une échelle décimale.

    Malgré ce défaut l'échelle décimale reste la plus utilisée. Sans doute la force de l'habitude.

  7. Variation de l'acuité visuelle avec l'excentricité
  8. Le sujet lorsqu'il lit une lettre fixe cette lettre. Son image rétinienne se forme donc au centre de la fovéa. On sait qu'au centre de la fovéa, de diamètre 1,4 mm, se trouve le bouquet central de cônes de diamètre 0,1 mm environ. Cherchons à titre d'exemple la taille de l'image rétinienne d'un optotype correspondant à une acuité de 1/10 donc vu sous un diamètre apparent de 50'.
    En appliquant la relation de Lagrange Helmholtz aux plans principaux on a u = n.u'
    L'image rétinienne y' (mm) = u' (rad) . H'R' (mm). Pour un œil normal, H'R' = 22,7 mm. On en déduit:

    On constate donc que l'image se forme au centre de la fovéa. Si l'on considère la lettre correspondant à une acuité de 10/10, son image sera 10 fois plus petite et se trouvera entièrement dans le bouquet central.
    La mesure classique de l'acuité d'un œil est donc la mesure de son acuité centrale.

    Une expérience simple peut vous montrer que cette acuité décroît très vite avec l'excentricité. Il vous suffit de prendre une page avec un titre en grosse lettre et tout en maintenant votre regard droit devant de décaler doucement la page vers le côté. Vous vous apercevrez que pour une excentricité assez faible, vous n'êtes même plus capable de lire les lettres du titre.

    On remarque que pour une excentricité de l'ordre de 15°, l'acuité n'est plus que de 3/10 environ. Cela sera important en vision binoculaire et en cas d'anisoacuité expliquera que le cortex visuel ne neutralise parfois que la zone centrale et conserve la fusion périphérique si l'acuité de l'œil dominé le permet.

  9. Facteurs extrinsèques de variation
  10. Nous avons déjà signalé l'un de ses facteurs: le choix de l'échelle d'acuité choisie. Mais beaucoup d'autres facteurs vont influencer le résultat obtenu en particulier on peut citer:

    Il faut aussi prendre en compte le temps que met le sujet à lire un optotype. Il est difficile d'imposer un temps minimal mais il faut éviter de laisser le sujet trop longtemps "deviner" une lettre. Beaucoup d'optométristes proposent un temps de l'ordre de la seconde à pondérer en fonction des capacités de lecture et de l'âge du sujet.

    Tous ces facteurs conduisent à ne pas attacher une importance démesurée à la valeur obtenue puisqu'elle n'est pas fonction uniquement du client mais dépend aussi beaucoup des conditions dans lesquelles ce résultat a été obtenu. Ceci n'est pas un problème pour l'opticien puisque s'il revoit son client et lui refait un examen de vue, il opérera dans les mêmes conditions, et la comparaison des résultats obtenus sera alors pertinente.

  11. Acuité brute et amétropie
  12. On appelle acuité brute l'acuité mesurée lorsque l'œil ne porte aucun verre devant lui. Si le test est hors parcours d'accommodation du sujet, l'image rétinienne ne sera pas nette et l'acuité mesurée dépendra du flou de cette image.

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