RECHERCHE PRATIQUE DE
L’ADDITION POUR UN PRESBYTE

 

PLAN

I - Estimation de l’addition en fonction de l’âge

II - RECHERCHE DE LA VALEUR DE L’ ADDITION
        1 - Amplitude d’accommodation maximale
        2 - Utilisation du test duochrome
        3 - Test de la croix de Jackson

III - Verification de l’addition trouvée
        1 -
Vérification de la puissance
        2 - Vérification de la vision bioculaire au près
        3 - Vérification de l’équilibre oculomoteur au près

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Avant de rechercher l’addition nécessaire au presbyte pour la vision de près, il faut toujours s’être assuré que la formule de la compensation de loin portée est correcte. Pour les tests de vision de près, nous utilisons l’Optoprox d’ESSILOR mais il existe d’autres dispositifs analogues.

On opère dans la très grande majorité des cas en vision binoculaire, les additions placées devant les deux yeux sont identiques. On s’assure en fin d’examen à l’aide du rouge vert polarisé par exemple de l’équilibre entre les deux yeux.

Plusieurs méthodes de recherche sont possibles. Elles seront différentes s’il s’agit d’une presbytie débutante ou d’une presbytie avancée.

  1. Estimation de l’addition en fonction de l’âge

  2. AGE (ans)

    42

    44

    48

    52

    56

    > 60

    Add (d )

    0,75

    1,00

    1,50

    2,00

    2,25

    2,50

    Ce tableau ne présente que des valeurs moyennes pour une population européenne et une distance de travail de 40 cm. Ce n’est pas une méthode pour déterminer l’addition d’un presbyte. Elle permet d’avoir un ordre de grandeur moyen . Dans le cas où l’addition que vous trouvez sort de cette moyenne, il est nécessaire d’effectuer une vérification poussée.

  3. RECHERCHE DE LA VALEUR DE L’ ADDITION
  4. Trois méthodes peuvent être utilisées pour la détermination de la valeur probable de l’addition nécessaire pour une vision confortable à la distance de travail du sujet au près. Rappelons que dans les trois cas, le sujet porte la valeur de sa compensation de loin.

    1. Amplitude d’accommodation maximale
    2. La mesure de l’amplitude d’accommodation maximale se fait pour un sujet qui est encore capable de lire le P2 à 40 cm en rapprochant le test jusqu’au moment où le sujet ne peut plus le lire. L’amplitude d’accommodation maximale est alors égale à la proximité du test en valeur absolue.
      Si le sujet ne peut pas lire le P2 à 40 cm. On place sur sa compensation VL une addition positive suffisante et on effectue ensuite la mesure comme précédemment. L’amplitude maximale d’accommodation est alors égale à la valeur absolue de la proximité du test moins l’addition qui a été placée sur la lunette d’essai.
      On prévoit alors la compensation qui semble souhaitable en VP pour la distance de travail du sujet à partir de la règle empirique:
      Le sujet ne doit pas avoir besoin d’utiliser plus de la moitié de son amplitude d’accommodation binoculaire pour une vision confortable et prolongée au près.
      Cette addition présumée doit être essayée à la lunette d’essai.

    3. Utilisation du test duochrome
    4. Le test duochrome de l’Optoprox est un test d’équilibre bioculaire polarisé. Il peut être utilisé en vision binoculaire pour rechercher l’addition nécessaire.

      Rappel: Dans tous les tests duochromes (" rouge-vert ") utilisés en vision de près, la réponse " plus net sur fond rouge " est toujours l’indication d’une formule trop convexe; celle " plus net sur fond vert " n’est pas obligatoirement l’indication d’une addition trop faible surtout chez les jeunes presbytes. La distance où l’on commence à voir plus net sur fond rouge est le point le plus éloigné du parcours d’accommodation pour l’addition donnée à ce sujet. L’égalité rouge-vert indique donc le maximum convexe (ou minimum concave) pour la distance considérée puisqu’en ajoutant + 0,25 ou en éloignant légèrement le test, on passe à la netteté sur fond rouge.

      Le sujet muni de ses compensations VL sur la lunette d’essai regarde le test rouge-vert placé à sa distance de travail. On place sur chaque œil l’addition positive déterminée à partir de l’histoire de cas et de l’âge du sujet et on demande au sujet s’il voit mieux sur fond rouge ou sur fond vert. S’il voit mieux sur fond rouge, l’addition que l’on a placée est trop convexe, il faut la diminuer. S’il voit mieux sur fond vert, on augmente l’addition jusqu’au moment où le sujet verra aussi bien sur rouge que sur fond vert. Pour toutes ces manipulations, l’utilisation des faces ± 0,25 et ± 0, 50 permet de limiter le nombre de changements de verres.
      L’égalité rouge vert donne souvent une addition trop forte risquant d’être mal acceptée par le sujet. Humphriss déduit 0,50 pour une addition inférieure ou égale à 2,00 et 0,25 au delà. Wilmut préfère retenir la dernière valeur donnant la préférence au vert lorsqu’on augmente le convexe. C’est surtout chez les presbytes débutants que l’on risque d’obtenir une valeur de l’addition trop forte.

    5. Test de la croix de Jackson
    6. Cette croix figure au dos de l’Optoprox. Le sujet porte la lunette d’essai avec les verres de vision de loin et une valeur de l’addition déterminée à partir de l’histoire de cas et de l’âge. On lui fait regarder la croix et s’il n’a pas d’astigmatisme résiduel en binoculaire, il doit voir les traits verticaux et horizontaux d’égale netteté. On ajoute alors un verre d’essai cylindrique sur chaque œil: plan ( + 1,00 )axe à 0°. Si la compensation est convenable, le sujet doit voir les verticales plus nettes et en plaçant le face binoculaire -0,50 devant les yeux, les traits doivent redevenir égaux (On peut aussi mettre deux cylindres croisés ± 0,50 axe négatif à 90° sur la lunette d’essai). Si les verticales dominent toujours, l’addition est trop convexe et si c’est les horizontales, elle est trop concave.
      L’addition trouvée par cette méthode pourra être retenue comme addition maximale pour la vision de près. Chez le presbyte débutant, elle risque d’être un peu surévaluée. Les résultats sont très voisins de ce que l’on trouve avec le test duochrome.

  5. Verification de l’addition trouvée
    1. Vérification de la puissance
    2. C’est l’étape la plus importante du point de vue de la prescription. Il faut toujours faire l’essai de la correction VP dans les conditions les plus proches possibles des conditions habituelles d’utilisation.
      Le patient portant sur les lunettes d’essai la compensation VP que l’on a déterminée. Il lui fait lire un texte pour déterminer son acuité qui doit être comparable à l’acuité VL. On cherche à déterminer le parcours d’accommodation en VP. On lui demande donc de repousser le test jusqu’au moment où il ne pourra plus le lire pour repérer le rémotum de près. On lui demande ensuite de le rapprocher pour déterminer la position du proximum de près. Il faut bien sur utiliser le stimulus optimal. Au delà de 40 cm, on peut faire lire le P3 ou le P4 et en deçà le P2 ou le P1,5. La comparaison du parcours d’accommodation en VP avec la distance de travail du sujet permet de juger l’addition proposée.
      Il est bon aussi de pouvoir donner au sujet un texte à lire aussi proche que possible de son activité habituelle (journal ou livre) et d’observer la distance de lecture qu’il choisit avec l’addition proposée. On vérifie que la distance choisie correspond bien à la distance de lecture habituelle.

      En général l’essai de la correction VP amènera parfois à modifier celle-ci surtout dans le sens de la baisse du convexe. Pour une première compensation VP, il faut se méfier de la prescription d’une addition supérieure à 1,00 d qui pourrait être mal tolérée. De même, dans la mesure du possible, il faut se méfier de l’augmentation d’une addition de plus de 0,50 d . Si vous êtes amené à le faire (sujet ayant trop attendu, coût des verres...), il faudra prévenir le sujet de possibles difficultés d’adaptation.

    3. Vérification de la vision bioculaire au près
    4. Elle se fait avec le test rouge vert polarisé de l’Optoprox. Il suffit de placer devant la lunette d’essai portant la compensation de près trouvée, un face polarisé. Chaque œil verra alors un carré rouge et un vert. Si l’équilibre dioptrique est correct, les symboles seront vus aussi nets dans les deux carrés du haut puis dans les deux carrés du bas. Si le sujet observe un meilleur contraste sur un carré vert, cela suppose une compensation trop concave pour cet œil et l’inverse si le meilleur contraste est sur un carré rouge.
      Dans la grande majorité des cas
      , ce test confirme une addition égale pour chaque œil. S’il en est autrement, avant de proposer des additions inégales, il faut vérifier si en vision de loin les compensations des deux yeux sont bien équilibrées.

    5. Vérification de l’équilibre oculomoteur au près

Il est nécessaire de vérifier l’équilibre oculomoteur au près avec l’addition que l’on vient de trouver. On peut mesurer les phories dissociées dans le plan horizontal avec la croix de Maddox. L’exophorie au près est souvent légèrement supérieure à la moyenne statistique. Dans le cas où elle devient très importante, alors qu’au loin, elle a une valeur normale, le sujet présente une insuffisance de convergence. En cas de gênes, il faudra lui conseiller l’entraînement visuel.
On peut aussi tester sa capacité à fusionner en présence d’un dissociateur partiel : le filtre rouge. S’il voit le point unique lors de l’introduction du filtre, il ne devrait pas avoir de problèmes . Très souvent le sujet verra deux points qui rapidement se fondront. Si la durée nécessaire à cette fusion n’est pas trop importante, les risques de gênes sont faibles.

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