L'œil sphérique

Sommaire

I - l'œil : anatomie et optique
    1 -
Description de l'œil humain
    2 - L'œil théorique
    3 - Caractéristiques optiques de l'œil théorique
    4 - Accommodation

ii - l'image retinienne
    1 -
Image nette, image floue
    2 - Calcul de l'image rétinienne

iii - L'acuite visuelle    
    1 -
Définition
    2 - Courbe d'acuité d'un œil sphérique
    3 - Critère de lisibilité et règle de Swaine

IV - Emmetropie et ametropie
    1 -
Rappel de définitions
    2 - Emmétropie, Amétropies
    3 - Parcours d'accommodation

V - Compensation des ametropies sphériques
    1 -
Principe de la compensation
    2 - Puissance du système compensateur
    3 - Parcours corrigé (ou apparent)
    4 - Accommodation en vision rapprochée de l'amétrope compensé
    5 - Image rétinienne de l'œil compensé
    6 - Cas des anisométropes

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I - l'œil : anatomie et optique
  1. Description de l'œil humain

A titre de rappel, voici une coupe horizontale schématique de l'œil:(Extrait de Optique Physiologique tome 1 Y. Le GRAND Ed. Masson)

Coupe horizontale schématique de l'œil

h : humeur aqueuse ; c : capsule du cristallin (épaisseur très exagérée) ; e : écorce ; na : noyau adulte ; ne : noyau embryonnaire ; ic : intervalle central ; ie : insertion du muscle droit externe ; ii : insertion du muscle droit interne .
Pour une description plus complète, revoir le cours d'anatomie de première année.

  1. L'œil théorique

Dans environ trois cas sur quatre, avec une approximation acceptable, l'œil est stigmatique. Il se comporte dans ces cas comme un système centré.
Pour étudier l'optique de cet œil, les chercheurs ont été amenés à définir un modèle théorique de l'œil. Nous choisirons dans notre étude le modèle d'œil théorique de Y Le Grand. C'est un œil formé de dioptres sphériques centrés sur un même axe. Le cristallin réel inhomogène est remplacé par un cristallin théorique homogène, de géométrie identique et d'indice tel que sa vergence soit la même. Cet œil théorique est un œil normal: la proximité du conjugué de la rétine est égale à 0,5 d environ (vérification que vous pourrez faire à partir des caractéristiques de l'œil théorique).
Les caractéristiques géométriques de cet œil figurent sur le schéma suivant (cotes en mm).
Q' est le centre de rotation de l'œil sur lequel nous reviendrons.

 

La pupille est pratiquement tangente à la face antérieure du cristallin (la distance iris - cristallin étant de l'ordre de 0,04 mm).
Les indices des milieux transparents retenus sont:
- pour la cornée: ........................... 1,377
- pour l'humeur aqueuse:............... 1,337
- pour le cristallin théorique:......... 1,42
- pour le corps vitré:...................... 1,336

  1. Caractéristiques optiques de l'œil théorique

Pour calculer les éléments cardinaux de l'œil théorique, il suffit d'associer les différents dioptres qui sont supposés sphériques. On trouve la puissance de l'œil théorique: 60d , la position des points principaux et des foyers. On pourra aussi calculer la position des pupilles d'entrée et de sortie ainsi que le grandissement aux pupilles (rapport entre le diamètre de la pupille de sortie et le diamètre de la pupille d'entrée) qui vaut 0,92. Les résultats figurent sur le schéma qui suit.
Ce modèle: l' œil théorique qui permet d'appliquer à l'œil les lois de l'optique est-il justifié?
Comme nous l'avons signalé, dans trois cas sur quatre, l'œil peut être considéré comme un système centré. Si nous regardons chacun des dioptres le constituant, ce n'est en général plus le cas et leurs axes ne sont pas rigoureusement confondus. Cette contradiction apparente tient au fait que lors du développement de l'œil, les défauts de l'ensemble se compensent approximativement.
Lors de la vision distincte, l'œil utilise la fovéa et si la pupille n'a pas un diamètre important, nous admettrons l'approximation paraxiale.
L'œil réel a des qualités optiques limitées mais n'oublions pas qu'il a pour but de former sur la rétine une image de qualité suffisante pour que le cerveau puisse décoder les messages issus des récepteurs rétiniens. N'oublions jamais que l'image rétinienne n'est pas destinée à être vue mais permet au cerveau de percevoir le monde extérieur dans l'espace de manière à ce que chaque objet soit vu à sa place.

Pour calculer les éléments cardinaux de l'œil théorique, il suffit d'associer les différents dioptres qui sont supposés sphériques à l'aide des formules de Gullstrand.

  1. Puissance de l'œil et points principaux
  2. On peut associer les deux dioptres cornéens pour déterminer les éléments cardinaux de ce système centré, faire de même pour le cristallin et ensuite associer ces deux systèmes centrés. Le système centré obtenu modélisera les propriétés optiques de l'œil.

    1. La cornée:
    2. Comme il a été vu en optique géométrique, les plans principaux objet et image d'un dioptre sont confondus avec son sommet. La puissance D d'un dioptre sphérique est donnée par la relation:

         

      où n' est l'indice du milieu image, n celui du milieu objet et R le rayon du dioptre.

      Dioptres cornéens: DA puissance de la face antérieure, DP de la face postérieure.

      Appliquons les formules de Gullstrand pour trouver la puissance et la position des points principaux du système centré représentant la cornée:

      La cornée étant très mince, on constate que le plan principal objet et le plan principal image sont confondus.

    3. Le cristallin:
    4. En reprenant la même méthode, on trouve pour le cristallin:

      DCR = 21,78 d      SHCR = 6,02 mm   et     SH'CR = 6,20 mm.

    5. Œil:

    D0 = 59,94 d SH = 1,59 mm SH' = 1,91 mm.

    La rétine de l'œil théorique se trouvant 24 mm derrière son sommet S, on constate que l'œil théorique est légèrement hypérope puisque l'image d'un point objet situé à l'infini se forme sur le foyer F' situé 0,2 mm derrière la rétine.

    On peut aussi déterminer la position des points nodaux en se souvenant des relations vues en optique géométrique:

  3. Pupilles de l'œil
  4. Le faisceau issu d'un point objet qui pénètre dans l'œil pour former l'image rétinienne est limité par la pupille vraie de l'œil, tangente à la face avant du cristallin. Avant de passer à travers ce diaphragme réel, les rayons du faisceau ont été déviés par les deux dioptres cornéens qui le précédent et après sa traversée, ils seront déviés par les deux dioptres du cristallin.

    Tout se passe donc comme:

    • si le faisceau incident était limité par une pupille dite pupille d'entrée qui serait le conjugué objet de la pupille réelle à travers la cornée
    • si le faisceau image (après la sortie du cristallin) était limité par la pupille de sortie conjugué image de la pupille de l'œil.
    • Le calcul de la position et de la taille de ces pupilles nous permet de nous affranchir de l'étude de la marche des rayons lumineux à l'intérieur du système centré œil. Nous noterons PE le centre de la pupille d'entrée, P celui de la pupille et PS celui de la pupille de sortie et F PE, F P, F PS leurs diamètres respectifs.

    La pupille d'entrée et la pupille de sortie sont donc conjuguées à travers le système optique œil et nous avons calculé le grandissement aux pupilles qui est égal à 0,92 pour l'œil théorique de Legrand.

    Les résultats figurent sur le schéma qui suit (échelle non respectée).

     

 

  1. Accommodation

Le système visuel a la faculté d'augmenter la vergence de l'œil par variation de celle du cristallin en commandant la contraction des muscles ciliaires. C'est le phénomène de l'accommodation. Cette déformation du cristallin entraîne un léger déplacement de la position des points cardinaux de l'œil que l'on néglige dans tous les calculs. Elle s'accompagne d'une contraction de la pupille.
La fonction accommodative a pour rôle de tenter d'obtenir une image nette du point fixé sur la fovéa.

ii - l'image retinienne
  1. Image nette, image floue

Si, grâce à la fonction accommodative, le système visuel a pu ajuster la puissance de l'œil pour que le point objet fixé T et la fovéa soient conjugués, l'image rétinienne T' de T est nette.

 

 

 

Si le point objet se trouve dans une position telle que la fonction accommodative ne puisse ajuster la vergence du cristallin pour que la focalisation du faisceau se fasse sur la fovéa, l'image rétinienne du point T sera floue. On parlera de la pseudo-image T1 de T qui sera un cercle (le cercle de diffusion) dont le diamètre est fonction de l'ouverture du faisceau issu de T donc du diamètre de la pupille.

 

 

 

 

Les points T et T' sont conjugués par rapport à l'œil:

Le diamètre z du cercle de diffusion de T est donc égal à:

On remarque donc que si l'on réduit le diamètre de la pupille, le diamètre de la tache de diffusion va diminuer, la pseudo-image rétinienne sera plus nette. Une application pratique de cette propriété est le trou sténopéïque (sténopé) qui réduisant artificiellement la pupille d'entrée permet une amélioration de la netteté de la pseudo-image.

  1. Calcul de l'image rétinienne

La connaissance de la taille de l'image rétinienne pour un œil n'a d'intérêt que pour pouvoir expliquer un certain nombre de problèmes pouvant surgir dans certains cas de compensation d'amétropies. Le calcul de la taille de l'image rétinienne va nous permettre de comprendre le fonctionnement de l'œil dans certaines situations. En vision normale, nous utilisons les deux yeux et seule la comparaison de la taille des deux images rétiniennes aura une importance pratique.

L'image rétinienne est nette:

En écrivant la relation de Lagrange Helmholtz aux plans principaux (n' étant l'indice du vitré):

R': proximité rétinienne.

L'image rétinienne est floue:

 

A1 et B1 sont les centres des cercles de diffusion correspondants aux faisceaux issus du point A et du point B. Ils sont déterminés par l'intersection du rayon moyen du faisceau image avec la rétine. La grandeur de la pseudo image sera y' = A1B1.

Les diamètres apparents de l'objet AB depuis le centre de la pupille d'entrée a P et depuis le point principal image a H sont très peu différents et en pratique, on pourra écrire que:

En écrivant la relation de Lagrange Helmholtz aux plans principaux (n' étant l'indice du vitré):

R': proximité rétinienne.

iii - L'acuite visuelle
  1. Définition

L'acuité visuelle peut être définie de nombreuses façons selon la fonction que l'on veut étudier. Nous allons rappeler celle utilisée en optométrie. Elle est déterminée  à partir de la reconnaissance par le sujet d'optotypes (en général des lettres d'imprimerie de forme normalisée). Il faut remarquer que lors de l'examen de vue, on s'intéresse à l'acuité fovéale. En vision de loin, l'acuité VL est égale à: 
 
a
étant l'angle sous lequel est vu l'optotype. Il existe de nombreuses échelles d'optotypes (décimale, rationnelle, angulaire, exponentielle).
Pour la vision de près, pour tenir compte du myosis et du déplacement des plans principaux lié à l'accommodation, la constante de 5' est remplacée par 4 à 4,5' pour obtenir des résultats identiques à ceux de la vision de loin. Il faut remarquer que lorsqu'on utilise un test du Docteur Parinaud on fait lire un texte et non des lettres séparées et on mesure davantage une capacité lexicale du sujet (un mot peut être lu même si plusieurs lettres ne sont pas reconnues). Une discussion très intéressante de ces problèmes se trouve dans l'ouvrage de C. Darras "Eléments et réflexions d'optique physiologique".
Cette mesure de l'acuité va dépendre de l'observateur. Si nous admettons que celui-ci dans les conditions de l'expérience a pu obtenir une image rétinienne nette, nous mesurons son acuité maximale dans les conditions de l'expérience. Dans le cas contraire, l'image étant floue, la reconnaissance des petits caractères deviendra impossible.

Si nous nous intéressons à l'acuité maximale mesurée, celle-ci est fonction:

- de l'observateur: qualité de la transparence des milieux, des récepteurs rétiniens et des voies visuelles. En vision binoculaire, il faut ajouter la qualité de l'alignement des deux yeux vers le point de fixation. Elle a tendance à diminuer avec l'âge.
- des conditions expérimentales: éclairement des optotypes, contraste, couleur.....

Si l'on cherche à mesurer l'acuité visuelle dans des conditions photopiques en dehors de la fovéa, on constate qu'elle varie très rapidement (comparer avec la densité des photorécepteurs dans la rétine).

Variation de l'acuité visuelle photopique sur le méridien H                                    Variation avec l'âge de l'acuité visuelle

  1. Courbe d'acuité d'un œil sphérique

On place devant un œil sphérique le verre le plus convexe lui donnant une acuité de 1/10. On diminue ensuite la vergence du verre placé devant l'œil en notant pour chaque vergence DE , l'acuité correspondant à la plus petite ligne d'optotype reconnue par le patient.
Si nous considérons un point AL de l'optotype, le verre DE en donne une image A qui est vue par l'œil. La focalisation du faisceau se fait en A' et l'image rétinienne A1 est floue. Le point AL est vu sous la forme d'une tache circulaire.

       

       

       

       

       

       

Si on diminue la vergence du verre d'essai, l'image A va Si on diminue la vergence du verre d'essai, l'image de A va s'éloigner et A' se rapprocher de la rétine. Le cercle de diffusion va voir son diamètre diminuer et l'on doit s'attendre à voir le sujet lire des lignes d'optotypes correspondant à une acuité plus élevée.
Quand A' se trouve sur la rétine (verre DE = DL), on mesure alors l'acuité morphoscopique du patient dans les conditions du test. Si on diminue encore DE, l'œil va accommoder pour maintenir l'image nette sur la rétine. L'amplitude d'accommodation étant limitée, quand elle est atteinte, si on continue à diminuer DE, A' va passer derrière la rétine et l'image rétinienne de AL va de nouveau être floue. Le sujet ne va plus reconnaître des lignes d'acuité aussi grande.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Courbe d'acuité d'un élève de 20 ams

    Sur la courbe d'acuité relevée, on retrouve bien les trois phases:
    - première phase: Après avoir brouillé la vision du sujet, on le "débrouille". Il lit des optotypes d'acuité croissante. On remarque que l'acuité maximale est obtenue avec un verre de vergence DL inférieure de 0,50 d à celle du verre donnant l'acuité de 10/10. DL est appelée la sphère de début de palier.
    - deuxième phase: le palier d'accommodation. L'acuité reste sensiblement constante, le sujet accommode de plus en plus.
    - troisième phase: l'acuité mesurée décroît, les points représentatifs sont en général assez dispersés, le sujet ayant des difficultés à maintenir son accommodation maximale.

    En brouillant la vision du sujet, puis en le débrouillant, on peut trouver la sphère DL nécessaire pour que l'image du point AL situé à l'infini se forme sur la rétine, l'œil n'accommodant pas. Nous reviendrons sur cette méthode permettant de déterminer la réfraction de l'œil.

  1. Critère de lisibilité et règle de Swaine

Quand l'image n'est plus au point sur la rétine, l'acuité mesurée est inférieure à l'acuité morphoscopique du sujet. Swaine a constaté qu'une lettre, en moyenne, cesse d'être reconnue lorsque le diamètre du cercle de diffusion d'un de ses points dépasse la moitié de la hauteur de la pseudo image rétinienne.
Cette constatation conduit à la règle de Swaine appliquée en optométrie.
Un sujet amétrope sphérique ayant la vision brouillée par une addition positive D lira la ligne d'optotypes correspondant à l'acuité V telle que 
   
                                      

Application à l’examen de vue :

Exercice

IV - Emmetropie et ametropie
  1. Rappel de définitions
  2. Punctum remotum: conjugué, par rapport à l'œil non accommodé, du point de la rétine situé sur l'axe.
    Punctum proximum
    : conjugué, par rapport à l'œil accommodé au maximum, du point de la rétine situé sur l'axe.
    Réfraction axiale principale
    (réfraction): proximité du remotum comptée à partir du plan principal objet de l'œil.
    Si nous revenons sur l'expérience permettant la détermination de la courbe d'acuité, le punctum remotum R est le foyer image du verre de puissance DL.
    Si nous revenons sur l'expérience permettant la détermination de la courbe d'acuité, le punctum remotum R est le foyer image du verre de puissance DL.

    T et R' sont conjugués à travers l'œil n'accommodant pas, F'L est donc situé sur le remotum de l'œil.

  3. Emmétropie, Amétropies
  4. Un œil emmétrope a son remotum à l'infini. Son plan focal image coïncide avec la rétine en l'absence d'accommodation.
    Un œil dont le rémotum est réel (DL<0) est myope. Si le rémotum est virtuel (DL>0), l'œil est dit hypérope ou hypermétrope.
    L'emmétropisation de l'œil est le résultat d'un processus adaptatif. Au cours du développement de l'œil, une adaptation de la puissance et de la longueur de l'œil s'achève si tout se passe bien par une légère hypéropie (0,50 à 0,75d ). C'est une faille au cours de ce développement qui conduira à un œil amétrope. L'œil emmétrope a une longueur dite normale, c'est à dire comprise approximativement entre 23,3 et 25,4 mm; sa puissance ne diffère de 60d que de 5d au maximum.
    Pour un œil amétrope, dans la majorité des cas, il y a une mauvaise adéquation de la longueur et de la puissance. Il existe deux cas limites, utiles pour servir de base de réflexion.
    - soit l'amétropie est due à une anomalie de longueur, la puissance étant normale: on parle d'amétropie axile.
    - soit la longueur est normale mais l'anomalie est due à la puissance: amétropie de puissance.
    Selon une enquête INSEE (Données sociales 1996) on rencontre dans la population française 19% de myopes et 2% d'hypéropes.

  5. Parcours d'accommodation

L'amplitude maximale d'accommodation de l'œil est égale à la différence entre la proximité du remotum et celle du proximum: AM = R - P. Cette amplitude d'accommodation varie avec l'âge. Sa diminution entraîne la presbytie. La courbe de Duane donne une moyenne statistique de cette variation avec l'âge. Il faut remarquer la variabilité importante en fonction des individus.

Le parcours d'accommodation est constitué de l'ensemble des points objet pouvant être conjugués de la rétine. Nous allons comparer ceux d'un œil emmétrope, d'un œil myope de -4,00d et d'un œil hypérope de 3,00d ayant tous une amplitude d'accommodation maximale de 10d .
- Pour l'emmétrope: rémotum à l'infini, R = 0.

P = R - AM = -10

- Pour le myope:

- Pour l'hypérope:

 

 

 

 

 

 

 

 

Exercice

V - Compensation des ametropies sphériques
  1. Principe de la compensation
  2. Le verre compensateur théorique (ou verre correcteur) de l'amétropie, placé devant l'œil, permet au sujet de voir net à l'infini sans accommoder. Attention, ce ne sera pas forcément le verre porté par le sujet amétrope pour avoir une vision confortable. Autre remarque, on dit souvent que ce verre "rend l'œil emmétrope" pour la vision de loin, comme nous allons le montrer cette expression est impropre car l'œil compensé diffère de l'œil emmétrope ayant la même longueur (accommodation nécessaire en VP, taille des images rétiniennes).

    Les deux systèmes de verres utilisés en optique sont les verres de lunettes et les lentilles de contact. Si, dans un premier temps, on les suppose minces, ils ne diffèrent que par la distance de leur centre optique au point principal objet de l'œil. En général, pour un verre de lunettes, on admet LH = 15 mm et pour une lentille de contact, placée sur la cornée, le centre optique étant confondu avec le sommet de celle-ci: SH = 2 mm.

  3. Puissance du système compensateur
  4.  

     

     

     

     

     

    L'œil, non accommodé, muni du verre compensateur voit le point AL . L'image A, de AL à travers le verre, doit donc se trouver au rémotum de l'œil. Le foyer image du verre compensateur théorique et le remotum de l'œil sont confondus.

     

    On peut donc exprimer la puissance du verre compensateur théorique en fonction de la réfraction R de l'œil amétrope:

    Avec les valeurs choisies pour la distance du système compensateur à l'œil, on peut tracer les puissances du verre de lunette DL et de la lentille DS en fonction de R. (page suivante)
    On constate que pour des réfractions variant de -16 à +8 d la puissance de la lentille de contact à commander peut être considérée comme égale à la réfraction. Il n'en est pas de même avec le verre de lunette, l'égalité n'étant satisfaite à 0,25 d près qu'entre -4 et +4 d .
    En pratique, on détermine DL. La réfraction ne peut donc être considérée comme égale à la valeur de la vergence du verre que si celle-ci est faible (majorité des cas courants).
    On remarquera que la vergence de la lentille compensatrice sera toujours supérieure, en valeur algébrique, à la vergence du verre pour une réfraction donnée et ceci quelle que soit l'amétropie du sujet.

     

     

     

     

     

     

     

Comparaison de la vergence du verre et de la lentille de contact compensant l'œil amétrope en fonction de la réfraction de l'œil.

Exercice

  1. Parcours corrigé (ou apparent)
  2. Nous avons défini le parcours d'accommodation de l'œil nu (parcours vrai). Le parcours corrigé est l'ensemble des points objet que l'œil, muni de son verre compensateur, peut voir net en mettant en jeu son accommodation. Ce parcours est donc le conjugué objet du parcours vrai à travers le verre compensateur.

     

     

     

     

    Exercice

  3. Accommodation en vision rapprochée de l'amétrope compensé
  4.  

     

     

     

     

     

    L'œil voit l'image T de TL à travers le verre compensateur. Il met en jeu une amplitude d'accommodation A:

    Le verre DL étant le verre compensateur, j'exprime sa puissance en fonction de la distance à l'œil et de la réfraction de cet œil.

    Cette formule va nous permettre de mettre en évidence l'influence de la distance à l'œil du système compensateur sur l'accommodation nécessaire en vision de près. Sur le graphique est représentée l'accommodation nécessaire à un amétrope compensé pour voir un objet situé à 40 cm devant H en fonction de sa réfraction.

     

     

     

     

     

     

    On constate que l'accommodation nécessaire est plus faible pour le myope compensé en lunettes que pour l'emmétrope: environ 2,8% par dioptrie de myopie. S'il est compensé en lentilles de contact, l'accommodation nécessaire n'est inférieure à celle de l'emmétrope que de 0,4% par dioptrie environ. Ce phénomène explique qu'un myope fort au voisinage de la presbytie aura une vision plus confortable avec ses lunettes qu'avec ses lentilles de contact.
    Pour l'hypérope compensé, l'accommodation nécessaire est supérieure à celle de l'emmétrope dans les mêmes proportions.

    Exercice

  5. Image rétinienne de l'œil compensé
    1. Système compensateur mince.
    2.  

       

       

       

      Si la vergence du verre reste assez faible, l'approximation est tout à fait justifiée. C'est le cas pour la majorité des amétropies rencontrées.

      En appliquant la relation de Lagrange Helmholtz aux plans principaux, on obtient:

      u = n'.u' (n' indice du corps vitré)

      OL et O sont conjugués par rapport au verre donc:

      Si l'objet regardé est très éloigné

       
      et
       

      En l'absence de compensation, l'image rétinienne serait floue et aurait une taille sensiblement égale à
        .
       On peut donc considérer que le verre correcteur introduit un grandissement:

    3. Système compensateur épais
    4. Pour les fortes myopies ou les aphaques, le verre ne peut plus être considéré comme mince.

    1.  

       

       

       

      L est le centre de la face arrière du verre épais.

      Dans le cas où l'objet est éloigné: O est confondu avec F' le foyer image du verre de puissance cardinale D et de puissance frontale image D'f.

      avec e: épaisseur du verre au centre, n indice du verre et D1 vergence du dioptre d'entrée.

      Le grandissement optique est donc maintenant le produit de deux termes: g dépendant de la puissance frontale du verre et de sa distance à l'œil et g' qui dépend des caractéristiques du verre (épaisseur, vergence de la face avant , indice). g' est appelé le facteur de forme du verre.

      Exercice

    2. Comparaison lentilles - lunettes

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    En supposant les systèmes minces, nous allons tracer le grandissement de l'image rétinienne en fonction de l'amétropie de l'œil pour une compensation en lentille et une compensation en verre de lunettes.
     
    Remarque: Si l'on considère le cas d'un myope fort (>8 dioptries), quand il passe d'une compensation lunettes à une compensation lentilles, la taille de l'image rétinienne d'un optotype va se trouver agrandie. L'acuité mesurée de l'œil compensé avec ses lentilles sera supérieure à celle de l'œil compensé avec lunettes.

  6. Cas des anisométropes

Les deux yeux du couple oculaire sont équipés de leur verre compensateur dont la vergence est différente: DLD ¹ DLG .
L'accommodation nécessaire en vision de près sera plus proche pour les deux yeux si l'on choisit une compensation en lentilles de contact. Pour une forte anisométropie, une compensation en lunettes induira une différence significative des accommodations nécessaires: AD ¹ AG . Les deux yeux ouverts, le sujet verra net bien qu'il y ait un léger flou sur un œil. Cette différence de qualité des images rétiniennes peut induire une gêne.
La compensation de l'amétropie induit un grandissement de l'image rétinienne. Si le sujet est anisométrope, le grandissement est différent pour les deux yeux, les deux images rétiniennes n'auront plus même taille. La vision du sujet risque d'être perturbée par cette aniséïconie objective.

Ordres de grandeur:

On peut estimer l'aniséïconie induite dans les deux cas limites d'anisométropie:
- anisométropie de puissance
: (les deux yeux ont même longueur)
- la compensation en lunettes induit environ 1,4% d'aniséïconie par dioptrie d'anisométropie,
- la compensation en lentilles induit environ 0,2% d'aniséïconie par dioptrie d'anisométropie,
- anisométropie axile
: (les deux yeux ont même puissance)
- la compensation en lunettes induit environ 0,3% d'aniséïconie par dioptrie d'anisométropie,
- la compensation en lentilles induit environ 1,8% d'aniséïconie par dioptrie d'anisométropie ( au profit de l'œil le plus myope).
Dans la majorité des cas les deux yeux n'ont ni même longueur ni même puissance, aucune estimation n'est plus possible.

Exercice

Lors du passage d'une compensation en lunettes à une compensation en lentilles, le sujet risque d'éprouver d'autres gênes en vision binoculaire. En effet, lors d'une poursuite d'un objet, les lignes de regard vont se déplacer si la tête reste immobile; avec des lunettes, il y aura un effet prismatique différent sur chaque œil alors que les lentilles tournant avec l'œil n'induisent plus cet effet. Les angles de rotation nécessaires pour les deux yeux dépendent donc du type de compensation choisi. Nous y reviendrons.

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