Aniseiconie

I - Generalites
    1 -
Définition
    2 -
Origine
           
Aniséïconie objective
            Aniséïconie subjective
    3 -
Classification

II - Etude de l'aniseïconie objective
    1 -
Grandissement par un verre compensateur mince
    2 -
Grandissement d'un système épais
    3 -
Couple anisométrope sphérique

III - aniseiconie subjective
    1 -
Diagnostic
    2 -
Détermination avec des eiconomètres à comparaison directe 
    3 - Eiconomètres spatiaux
           
Disparité horizontale - Effet géométrique
            Disparité verticale - Effet induit
           
Disparité sphérique
            Effet de déclinaison - Disparité oblique
            Utilisation
    4 -
Compensation

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I - Generalites

    1. Définition
    2. Ce terme fut introduit par Lancaster en 1938. Elle se définit comme la perception d'images différentes en taille et/ou en forme par les deux yeux fixant un même objet. Cet état devient pathologique dès l'instant où la disparité des deux perceptions droite et gauche est telle qu'elle perturbe la vision binoculaire. Il est classique de distinguer l'aniséïconie dioptrique ou objective qui est causée par une différence de taille des images rétiniennes de l'aniséïconie subjective qui concerne la différence de taille des extériorisations (images corticales).

    3. Origine
      1. Aniséïconie objective

Dans la majorité des cas, cette aniséïconie objective est induite par la compensation d'un couple anisométrope. Dans ce cas, on peut évaluer par le calcul l'écart de taille entre les images rétiniennes d'un même objet.
Il existe de rares cas où les deux yeux emmétropes ont des longueurs différentes. Cette aniséïconie, dite parfois essentielle, est difficile à déceler précocement et provoque de gros problèmes binoculaires quand la différence de taille des images rétiniennes dépasse 3%.

      1. Aniséïconie subjective

      Les deux extériorisations d'un même objet n'ont pas la même taille. Cette aniséïconie subjective est pratiquement toujours la conséquence d'une aniséïconie objective. Alors que l'aniséïconie objective caractérise la différence de taille des images sur la rétine, l'aniséïconie subjective est ce qui est perçu par le sujet après processus cortical.
      Chez de rares sujets, des images rétiniennes égales ne sont pas extériorisées de même taille. Ce serait du soit à une disposition anatomique des éléments récepteurs qui différerait d'une rétine à l'autre, soit à un mécanisme central dissymétrique.

    1. Classification

Une classification des aniséïconies peut être effectuée à partir de la différence de taille et/ou de forme des extériorisations droite et gauche.
Si les deux extériorisations ne différent que par leur taille (elles se déduisent l'une de l'autre par homothétie) on parle d'aniséïconie sphérique ou over-all. Elle sera caractérisée par le grandissement sphérique égal au rapport des deux extériorisations.
Si les deux extériorisations différent par leur taille et par leur forme. On aura une aniséïconie régulière si elles se déduisent l'une de l'autre par une homothétie suivie d'une affinité. Pour la caractériser il faudra connaître le grandissement sphérique (rapport d'homothétie), l'axe et le grandissement diamétral (rapport d'affinité).

 

 

 

 

 

Choisissons l'exemple d'un couple oculaire anisométrope compensé fixant un cercle et intéressons nous à l'aniséïconie objective. Dans le premier schéma, les deux images rétiniennes sont des cercles, on a donc une aniséïconie sphérique de grandissement sphérique:

Sur le second schéma qui correspond à un couple oculaire compensé dont un oeil est sphérique et l'autre astigmate, l'image rétinienne droite est un cercle par contre l'image rétinienne gauche est une ellipse (ceci est du à la compensation de l'astigmatisme de l’œil gauche par un cylindre négatif axé à 0° ). Une homothétie transforme l'image rétinienne droite de rayon RD en un cercle de rayon R'D égal au petit axe de l'ellipse gauche. Une affinité d'axe horizontal transforme le cercle de rayon R'D en l'ellipse. On peut donc définir pour cette aniséïconie régulière le grandissement sphérique GS et le grandissement diamétral GD selon l'axe horizontal.
Si les deux yeux du couple compensé étaient astigmates, les deux images rétiniennes seraient des ellipses qui n'auraient pas même axe si les axes de compensation de l'astigmatisme ne sont pas identiques pour les deux yeux. Un calcul mathématique assez long montre que dans ce cas aussi, on a une aniséïconie régulière dont on peut définir le grandissement sphérique , le grandissement diamétral et l'axe.

En pratique dans la mesure où la vision des horizontales et des verticales joue un rôle important dans la vie courante, les praticiens préfèrent caractériser l'aniséïconie régulière par  le grandissement horizontal GH et le grandissement vertical GV . Il est bien évident que théoriquement ces grandissements se déduisent de GS, GD et l'axe mais que les relations ont peu d'intèrêt.

II - Etude de l'aniseïconie objective

L'aniséïconie objective correspond à une différence de taille des deux images rétiniennes. Il convient donc dans chaque cas de comparer l'image droite et l'image gauche d'un même objet pour le couple oculaire considéré. Nous allons rappeler d'abord l'influence d'un verre compensateur suivant qu'il est mince ou épais. Pour ce rappel, nous ne nous intéresserons qu'à un seul œil du couple.

  1. Grandissement par un verre compensateur mince

    Nous ne reprendrons pas la démonstration du calcul de la grandeur y' d'une image rétinienne pour un oeil dont la compensation théorique est DL et qui regarde un objet éloigné vu depuis le centre du verre sous un angle uL . On trouve:

     
    En l'absence de compensation, l'image rétinienne serait floue et aurait une taille sensiblement égale à . On peut donc considérer que le verre correcteur introduit un grandissement:
     

  2. Grandissement d'un système épais
  3. L est le centre de la face arrière du verre épais.

    Dans le cas où l'objet est éloigné: O est confondu avec F' le foyer image du verre de puissance cardinale D et de puissance frontale image D'f.

    avec e: épaisseur du verre au centre, n indice du verre et D1 vergence du dioptre d'entrée.

    Le grandissement optique est donc maintenant le produit de deux termes g: dépendant de la puissance frontale du verre et de sa distance à l’œil et g': qui dépend des caractéristiques du verre (épaisseur, vergence de la face avant , indice). Si le verre est afocal, D'f = D = 0, le grandissement de l'image rétinienne est alors égal à g' facteur de forme du verre.

  4. Couple anisométrope sphérique

    Les deux yeux étant sphériques, les deux images rétiniennes seront homothétiques et l'aniséïconie objective induite sera du type over-all.
    En reprenant les résultats précédents, nous pouvons exprimer la taille de chacune des images rétiniennes et le grandissement uniforme Gu:

    Ces résultats doivent bien sur être redémontrés dans chaque exercice.

Rappelons un ordre de grandeur de l'aniséïconie induite par compensation par verres de lunettes:

Dans le cas d’une compensation en lentilles :

Et n'oublions pas l'aspect théorique de ces règles car les anisométropies réelles ne sont que très rarement purement axiles ou de puissance. Il n’en reste pas moins que la majorité des anisométropies sont plutôt proches d’une anisométropie axile.

III - aniseiconie subjective
  1. Diagnostic

    Peu de patients se plaignent de troubles de localisation spatiale. Le plus souvent, ils signalent des troubles peu caractéristiques: sensation d'inconfort, céphalées, photophobie, gêne à la lecture.... Une occlusion monoculaire doit apporter un soulagement (test proposé par Linksz en 1965). En fait la persistance des troubles malgré une compensation bien adaptée et après élimination d'une phorie si elle existe suffit à évoquer une aniséïconie fonctionnelle surtout dans le cas d'une anisométropie du sujet.

  2. Détermination avec des eiconomètres à comparaison directe

     

    Le patient doit comparer des tests plans projetés sur un écran. La figure projetée est un carré coupé par le milieu dont chaque moitié est polarisée l'une à 45°, l'autre à 90° avec un rond central non polarisé servant d'élément de fusion. Deux tests sont présents sur les projecteurs, l'un avec coupure horizontale, l'autre avec coupure verticale.
    Un sujet non aniséïconique, après compensation des phories si nécessaire, reconstitue la figure du carré, les deux moitiés étant vues de même taille. Dans le cas contraire, l'une des moitiés paraîtra plus grande que l'autre ( attention, en général ce décalage est faible, une épaisseur de trait correspondant à 3,5% d'aniséïconie). L’œil qui perçoit l'image la plus grande est détecté si l'aniséïconie est au moins de cette valeur.
    Ce test existe aussi pour la vision de près sur l'Optoprox d'Essilor.
    Ce test est simple mais il nécessite avant toute mesure une compensation des phories éventuelles à l'aide de prismes. Dans certains cas, malgré cette correction, l'instabilité de l'image ou une mauvaise fusion empêche ou gêne la mesure. Seuls les grandissements horizontaux et verticaux peuvent être appréciés avec une précision très relative. Les effets obliques ne peuvent être mis en évidence. Ces tests doivent être avant tout considérés comme des tests de dépistage.

  3. Eiconomètres spatiaux

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ils utilisent un stéréotest mis au point par Ames et dérivé de la chambre de Ogle. Cette chambre parallépipédique est peinte en noir mat et a environ 4 m de long. Le couple oculaire observe par deux trous des fils placés dans trois plans de front parallèles: dans le premier deux fils verticaux jaunes situés à 2.4 m, dans le second à 3 m une croix formée par des fils rouges inclinés à 45° et dans le dernier à 3,6 m deux autres fils verticaux verts. Dans chaque plan la distance entre les fils est d'environ 60 cm. Ce test étant particulièrement encombrant a été remplacé par un stéréogramme projeté sur écran et observé avec des filtres polarisants (Un appareil de ce type qui fut fabriqué par Essilor n'est plus commercialisé).

        Quatre types de distorsions spatiales sont caractéristiques .

    1. Disparité horizontale - Effet géométrique
    2. Le patient observe une rotation des trois plans de front contenant les fils autour d'axes verticaux. Les trois plans apparaissent parallèles. Cette distorsion est appelée "effet géométrique".

       

       

       

       

       

      Cette distorsion est caractéristique d'une aniséïconie régulière à grandissement horizontal. Dans le cas représenté sur notre schéma, les trois plans semblent s'être éloignés de l’œil gauche qui est donc l’œil qui voit le plus grand dans le méridien horizontal comme nous allons le montrer.

      On considère un couple oculaire, conservant la vision binoculaire, dont l'image rétinienne gauche est plus grande que celle de l’œil droit dans le méridien horizontal (GH>1) et dont les images rétiniennes sont identiques dans le méridien vertical (GV = 1). Le couple oculaire fixe deux fils verticaux. Les traces de l'extériorisation gauche dans le plan horizontal sont AG et BG et celles de l'extériorisation droite AD et BD.

      Le point A est donc vu par le couple oculaire en diplopie homonyme, il sera extériorisé en A1 situé en arrière du plan de front contenant AB. Au contraire le point B, vu en diplopie croisée, sera extériorisé en B1 en avant de ce plan.
      Le sujet ne percevra donc pas le plan vertical contenant les deux fils comme un plan de front. Il lui semblera avoir tourné, le fil se trouvant du côté de l’œil qui voit le plus gros semble reculer.
       

    3. Disparité verticale - Effet induit
    4.  

       

       

       

       

      Dans le cas d'un couple oculaire dont l'aniséïconie est caractérisée uniquement par un grandissement vertical GV ¹ 1 (GH = 1), le sujet va percevoir les plans contenant les fils comme des plans de front et le plan contenant la croix va tourner autour d'un axe vertical vers l’œil qui voit l'image la plus grande dans le méridien vertical.

      Cet effet qui porte le nom d'effet induit (d'Ogle) serait un mécanisme d'origine perceptive. Il n'apparaît que pour les objets ayant des limites verticales. C'est pourquoi dans ce test, seul le plan contenant la croix semble tourner et vers l’œil qui voit le plus grand.

    5. Disparité sphérique
    6. Dans le cas où l'aniséïconie est de type over-all, le grandissement est sphérique (on a donc GH = GV = Gu). Le sujet va observer un éloignement des fils verticaux et un rapprochement de la croix du côté de l'oeil qui voit le plus grand.

       

       

       

       

      Le grandissement horizontal devrait faire tourner les trois plans en les faisant s'éloigner de l'oeil qui voit le plus gros (le droit sur le schéma). Le grandissement vertical, n'agissant que sur la croix, devrait provoquer une rotation du plan de celle-ci vers l'oeil droit. L'effet géométrique et l'effet induit sont de sens contraire pour le plan de la croix mais ils ne s'annulent pas exactement. L'effet induit provoque une rotation d'amplitude un peu plus grande.

    7. Effet de déclinaison - Disparité oblique
    8. Dans le cas d'un couple oculaire ou GH et GV sont tous deux différents de un et ne sont pas égaux, on observe un basculement de la croix autour d'un axe horizontal sans déplacement des fils. Ce type d'aniséïconie se rencontre dans le cas de couples oculaires avec astigmatisme oblique.

    9. Utilisation
    10. Pour utiliser ces tests, il faut que le sujet dispose d'une assez bonne acuité stéréoscopique (400" sur le Titmus test) ce qui est peu grave car les sujets ayant encore une acuité stéréoscopique suffisante sont les plus gênés. La mesure des grandissements se fait en plaçant des verres grossissants afocaux devant l’œil du patient qui voit le plus petit. Dans le cas d'un grandissement over-all, ces verres sont sphériques. Pour un grandissement vertical ou horizontal, on utilise des verres afocaux cylindriques dont le grandissement se fait bien sur dans le contraxe. Il faut que le patient muni des verres retrouve une extériorisation des trois plans identique à la réalité.

4 - Compensation

La solution qui paraît évidente est d'agrandir l'image la plus petite d'un facteur convenable pour supprimer l'aniséïconie subjective. Ce verre afocal peut être soit sphérique soit cylindrique.

Rappel: Pour un verre de face avant de vergence D1 , de face arrière de vergence D2 , d'épaisseur au centre e et d'indice n, la condition d'afocalité se traduit par une puissance frontale image:
  .
 Le grandissement est alors :
 
 Pour un verre cylindrique, ces relations s'appliquent dans le méridien du contraxe.

On remarque que pour avoir un grandissement g' assez important, il faut utiliser un verre ayant une épaisseur e importante ou une face avant très convexe donc peu esthétique. La limite est donc très vite atteinte.
D'autres solutions sont à envisager en utilisant les différentes possibilités de compensation en particulier dans les cas d'aniséïconie induite par la compensation d'une anisométropie. Suivant le type de l'anisométropie, les solutions à envisager vont être différentes. Dans le cas où elle est de puissance, une compensation par lentilles va réduire l'aniséïconie (de 1,4% par d d'anisométropie), cette compensation ayant aussi l'avantage de supprimer l'anisophorie. Si l'anisométropie est axile et forte (> 4d ), pour limiter l'aniséïconie, il faudra choisir la compensation par lunettes qui risque de poser des problèmes d'anisophorie. Dans le cas d'anisométropie axile faible, suivant les cas, il faudra choisir entre les deux solutions.

Sur le graphique, on a porté l'amétropie de l’œil en abscisse et l'aniséïconie objective induite par la compensation. Les différentes courbes correspondent au type de compensation choisie (L pour lunettes, C pour système de contact) pour chaque type d'amétropie. (d'après Bourdy -1961-)
On peut aussi utiliser une compensation combinée sur l’œil voyant le plus grand: un verre de contact le myopise et cette myopie induite est compensée par verre de lunette. Chaque dioptrie de myopie induite et compensée réduit d'environ 1,5% l'aniséïconie.

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