INFLUENCE DE LA COMPENSATION SUR LES MOUVEMENTS DES YEUX

1- CHAMP DE REGARD
        1 -
Jaugeage statique
        2 -
Jaugeage dynamique

2 - l'oeil mobile et son verre compensateur
        1 -
Compensation par verres de lunettes
        2 -
Compensation par lentilles de contact
        3 -
Conséquences pratiques

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Comme nous l'avons déjà vu, la pose d'une nouvelle compensation ou la modification de la puissance d'une compensation portée introduit des modifications dans le fonctionnement du système visuel

Nous allons montrer dans ce chapitre que cela induit aussi une modification dans la valeur de la rotation que doit effectuer l'œil pour passer d'un point de fixation à un autre.

Dans la majorité des cas, la plasticité du système cortical permet un recalage rapide mais il existe des sujets pour lesquels cela posera des problèmes.

 

  1. CHAMP DE REGARD

    On appelle champ de regard l’ensemble des positions qui peuvent être fixées pour une position donnée de la tête. Alors que le champ visuel permet de connaître l’état fonctionnel de la rétine, le champ de regard renseigne sur les capacités motrices de l'œil.
    Une des raisons d'être des mouvements des yeux consiste à jauger le champ de regard, c'est à dire à évaluer les distances et les positions relatives des points qui lui appartiennent. Le système visuel utilise deux méthodes: une méthode statique et une méthode dynamique.
    1. Jaugeage statique
    2. L’œil est immobile. Le sujet peut estimer l'angle visuel u à partir de la position des images M' et T' des points M et T sur la rétine.

    3. Jaugeage dynamique

      Le sujet peut aussi fixer d'abord le point M puis le point T. Au cours de ce mouvement la ligne de regard tourne de w'.
      u et w ' ne sont rigoureusement égaux que pour des points M et T très éloignés. La distance entre le point nodal objet N et le centre de rotation Q' est faible de 6 à 8 mm. Il s'en suit que l'écart entre w ' et u reste toujours faible même en vision rapprochée. De toute façon, cette égalité rigoureuse ou approchée est toujours interprétée subjectivement par le cerveau. Le cerveau connaît l'angle u par le message issu de la rétine et transmis par les voies visuelles et l'angle w ' par l'influx moteur qui a commandé la rotation de l’œil. Si l'on perturbe cette liaison u, w ' par exemple en déplaçant le globe avec le doigt, il y a déplacement apparent des objets.
      Dans tout ce qui précède, on a supposé la tête immobile. En réalité toute déviation de plus de 15° s'accompagne en général d'une rotation de la tête. Il ne semble pas exister de géométrie simple des mouvements de la tête. Ces mouvements entraînent une compensation partielle par un mouvement de l’œil.

  2. l'oeil mobile et son verre compensateur
    1. Compensation par verres de lunettes
      1. Position du problème
      2. Le verre compensateur est en principe centré pour la vision de loin. La projection du centre de la pupille P sur le verre est en coïncidence avec son centre optique et l'axe du verre est confondu avec la ligne de regard en position primaire.

         

        L’œil fixe le point ML, la ligne de regard est en position primaire et passe par le centre du verre. Il effectue une rotation pour fixer le point TL . L'image de TL à travers le système verre œil se forme alors sur la fovéa. Q' T' et T sont alignés. On peut donc dire que la ligne de regard de TL subit une déviation due à l'effet prismatique du verre. Le point T est donc vu dans la direction Ta . Tout se passe donc comme si l’œil avait apparemment tourné d'un angle w autour d'un point Q centre de rotation apparent. Q' centre de rotation vrai est le conjugué image de Q à travers la lentille L donc:

      3. Relation entre rotation apparente et rotation vraie
      4.  

         

         

         

        Le centre P1 de la pupille en position primaire se projette en L(centre optique du verre) et lorsque l’œil a tourné , il se projette en I.

        On remarque que pour un myope DL<0, l'angle de rotation apparent sera supérieur à l'angle de rotation vrai et que pour un hypérope, on aura le contraire.

      5. Cas des anisométropes 

        Dans le cas d'un anisométrope DLD et DLG ont des valeurs différentes. Lorsque le couple oculaire change de point de fixation (en VL pour simplifier), les angles de rotation apparents pour l’œil gauche et pour l’œil droit sont égaux w D = w G . A partir de la relation précédente, on en déduit:

        Les deux angles de rotation vrais ne sont plus égaux. Or, le fonctionnement des muscles ne permet qu'un jeu très faible entre w 'D et w 'G (1 à 2° dans le plan horizontal et moins de 1° dans le plan vertical). Si l'écart entre les deux angles nécessaires de rotation vrais pour voir un point donné est supérieur à la limite physiologique, la vision binoculaire sera perturbée et le sujet éprouvera une gêne.

         

    2. Compensation par lentilles de contact

      Le système compensateur avec une lentille de contact peut se limiter à la lentille s'il s'agit d'une lentille souple ou être la combinaison de la lentille et de la lentille de larmes dans le cas d'une lentille rigide. Dans tous les cas, lorsque l’œil tourne, la zone optique de la lentille reste centrée, on n'aura plus d'effet prismatique. Un système de contact n'apporte donc aucune perturbation.

    3. Conséquences pratiques
      1. Sur le champ de regard
      2. On a vu que pour le myope w > w '. Le champ de regard apparent est supérieur au champ de regard vrai. Il pourra donc porter des montures de calibre relativement réduit. Cependant, il est toujours rationnel d'avoir des verres de grand diamètre pour assurer le maximum de champ visuel (vision périphérique). Mais la mode ne s'appuie pas nécessairement sur des considérations rationnelles ....
        Il est bien évident que pour l'hypérope, on a le contraire et alors le port de grands verres s'impose.

      3. Sur le jaugeage du champ de regard
      4. Le port des verres va perturber le jaugeage du champ. La perception statique est perturbée car l'image rétinienne du myope compensé est plus petite que l'image de l’œil non compensé. La perception dynamique l'est aussi, l'angle de rotation vrai que l’œil doit effectuer pour passer d'une extrémité de l'objet à l'autre sera plus faible pour l’œil compensé que pour l’œil nu. La perturbation dynamique est plus importante que la perturbation statique et ceci contribue fortement à l'impression de rapetissement que ressent le myope lorsqu'il met en place sa compensation.
        Cette variation de rotation de l’œil en fonction de la compensation va aussi perturber la compensation des mouvements de la tête ou du corps auquel le sujet est habitué. Ceci peut créer une impression désagréable passagère pour le sujet lors d'une modification de compensation. Il faut un certain temps au cortex visuel pour s'adapter à la nouvelle interprétation du jaugeage du champ.

      5. Sur la demande en convergence
      6. Nous étudierons plus tard en détail ce cas mais nous pouvons dès maintenant le signaler. Un myope fort passant de la vision de loin (lignes de regard parallèles) à la vision de près doit fournir un effort moindre dans le cas où il porte des lunettes et dans le cas où il est équipé en lentilles de contact. En effet, la rotation vraie de chaque œil est inférieure à la rotation apparente lorsqu’il porte des lunettes. Cet effort moindre peut avoir des conséquences importantes pour certains sujets.

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