convergence et accommodation
en vision binoculaire

 

Plan

I - definitions:
1 -
Ligne de base
2 - Ecart ou distance interpupillaire
3 - Convergence binoculaire

II - relation accommodation convergence binoculaire
1 - Définition
2 - Cas d'un couple oculaire isométrope
3 - Couple oculaire anisométrope
4 - Conclusion
5 - Cas d'un amétrope isométrope non compensé

III - dissociation partielle entre accommodation et convergence
1 - Variation de l'accommodation à convergence constante
2 - Variation de la convergence pour une amplitude d'accommodation fixée

IV - Liaison accommodation convergence
1 -
Diagramme accommodation convergence
2 - Exemples de diagramme
3 - La convergence. Interprétation des résultats
4 - Rappels de physiologie

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I - definitions:

  1. Ligne de base:
  2. C'est le segment joignant les centres de rotation Q'D et Q'G des deux yeux. Ces centres de rotation étant considérés comme fixes, pour un sujet donné, la ligne de base est constante.

  3. Ecart ou distance interpupillaire:
  4. C'est la distance séparant les centres PD et PG des pupilles des deux yeux lorsque le couple oculaire regarde à l'infini.

    En vision de loin, l'écart interpupillaire dépasse la ligne de base d'environ 2 mm.
    Ligne de regard : demi-droite issue du centre de rotation de l'œil et passant par le point de fixation. L’axe visuel est la demi-droite issue du point nodal objet et passant par le point de fixation. En vision de loin, la ligne de regard et l’axe visuel sont parallèles.
    Ligne principale de visée : demi-droite issue du centre de la pupille d’entrée et passant par le point de fixation.

    Cas de la vision de près:

    En vision de près PDPG diminue, il devient inférieur à la ligne de base pour un angle entre les deux lignes de regard supérieur à 10°.
    La mesure de l'écart interpupillaire se fait à l'aide du pupillomètre.

  5. Convergence binoculaire:
  6. Considérons un couple oculaire qui fixe un point M appartenant à la médiatrice horizontale de la ligne de base .
    On peut mesurer la convergence du couple oculaire par:

    La convergence ainsi définie s'exprime en angle métrique (a.m.) si MK est mesurée en m.
    La convergence est une grandeur positive lorsque les yeux convergent et négative quand le couple oculaire diverge.
    Avec cette unité de convergence, deux couples oculaires ayant des lignes de base différentes mais fixant le même point auront même convergence en angle métrique alors que la rotation des yeux par rapport à la position primaire aura été différente (chaque œil du couple oculaire ayant la plus petite ligne de base a tourné du plus petit angle). Une mesure de la convergence dans cette unité ne peut donc permettre de comparer deux couples différents. Elle a uniquement été choisie, comme nous allons le voir, car elle permet d'écrire une relation simple entre la convergence et l'accommodation nécessaires pour fixer un point.

    Angle entre les lignes de regard:

    Pour fixer le point M, à partir de la position primaire de regard, chaque œil a tourné d'un angle w '. L'angle entre les deux lignes de regard est le double de cet angle. L'angle w ' peut être exprimé en dioptries prismatiques:

    L'angle w peut aussi être utilisé pour caractériser la convergence du couple oculaire. On pourra donc définir la convergence exprimée en dioptries prismatiques C (D ) comme étant égale à cet angle exprimé en D .


    II - relation accommodation convergence binoculaire:

    1. Définition:
    2. Nous allons nous placer dans le cadre d'une liaison normale accommodation convergence binoculaire. Nous considérons donc un sujet soit emmétrope soit parfaitement compensé en vision de loin, les verres étant parfaitement centrés pour cette vision.
      A chaque position du point de fixation, pour que le sujet voie simple et net, correspond une valeur unique de la convergence binoculaire et une valeur unique de l'accommodation nécessaire. Nous allons montrer à partir d'exemples qu'il existe une relation simple entre ces deux grandeurs dans le cas d'une liaison normale en considérant plusieurs couples oculaires.

    3. Cas d'un couple oculaire isométrope:
      1. Couple emmétrope:
      2. En V.L:

        Pour une vision nette, l'accommodation nécessaire:

        Anec = 0

        Pour une vision simple, la convergence nécessaire:

        Cnec = 0

        on a: Anec = Cnec.

         

         

         

         

        En V.P:

        Pour une vision nette:

        Pour une vision simple:

        or MHD et MK sont du même ordre de grandeur, on peut donc conclure que : Anec (d ) » Cnec (a.m.).

        Justification de l'approximation MH = MK:

        Nous choisissons un cas défavorable: couple oculaire avec une grande ligne de base 72 mm (moyenne 64 mm) et regardant à la distance de 24 cm (cas rare).

        MK = MQ'. cos b
        et MH » MQ' - HQ' car l'angle entre la ligne de regard et l'axe optique est de l'ordre de 5° et cos 5° = 0,996.
        L'erreur relative commise en confondant MK et MH est donc :

        dans le cas défavorable considéré: 
         
        MH = 231 mm
        donc e = - 5%.
        Dans le cas d'un couple oculaire en situation habituelle, l'erreur relative commise en confondant MH et MK sera inférieure à 5%.
        La relation Anec = Cnec est donc toujours vérifiée avec une approximation supérieure à 5%.
      3. Couple oculaire myope compensé:
      4. On peut choisir comme exemple un couple oculaire isométrope myope parfaitement compensé par des verres de puissance DL = - 2,00d placés à 15 mm devant le plan principal de l'oeil. On prendra HQ’ = 10 mm et la ligne de base Q’D Q’G = 60 mm.
        En V.L

         

         

        Pour une vision nette:
        Anec = 0 (compensation théorique)
        Pour une vision simple:
        Cnec = 0 (les verres sont parfaitement centrés, les images de ML à travers le verre sont sur la ligne de regard).
        On a donc: Anec = Cnec .
        En V.P
        L’œil tourne mais les verres de lunettes conservent une position fixe.

         

        Les images de ML à travers les verres droit et gauche MD et MG se trouvent dans le plan d'accommodation. Pour les voir nettes, le couple oculaire met en jeu:

        L’œil droit fixe MD et l’œil gauche fixe MG . Les deux lignes de regard convergent vers le point MC. Le plan de front contenant MC est appelé plan de convergence.

        Calcul de l'accommodation et de la convergence nécessaires pour un point ML situé à 400 mm devant les verres:

        w ': angle de rotation vrai de l'angle l,
        w
        : angle de rotation apparent de cet œil.


        QD: centre de rotation apparent

        Calcul de Anec

        Calcul de Cnec :
        Les angles w ' et w sont petits. On a montré (œil mobile derrière son verre) que:

        Conclusion: Sur cet exemple, on montre que Anec = Cnec à 1% près.

      5. Conclusion:

      Un couple isométrope, portant sa compensation théorique, bien centrée pour la vision de loin, va mettre en jeu une accommodation et une convergence pour voir simple et net en vision binoculaire. La relation entre ces deux grandeurs est alors Anec (d ) » Cnec (a.m.) .

    4. Couple oculaire anisométrope:
    5. Nous choisirons comme exemple le couple oculaire suivant:
      Q'DQ'G = 60 mm; HQ' = 10 mm; LH = 15 mm
      OD: DLD = - 2,00 d OG: DLG = - 5,00 d . Les verres sont supposés bien centrés pour la vision de loin.

      En V.L
      :
       Le sujet porte sa compensation théorique donc l'accommodation nécessaire pour voir net est nulle. Les verres sont parfaitement centrés pour la vision de loin, la convergence nécessaire pour voir simple est aussi nulle. On a: Anec = Cnec = 0.

      En V.P

       Le test est à 40 cm du plan des verres.


      L'accommodation nécessaire pour voir net le point ML n'est pas identique pour les deux yeux.

      En supposant le point ML à 500 mm devant les verres, l'application numérique conduit aux résultats suivants: RD = -1,94 d
      RG = -4,65 d
      S'il n'y a pas d’œil dominant, le couple oculaire mettra en jeu une accommodation de l'ordre de 2,1 d s'il choisit l'accommodation minimale ou plus probablement une accommodation moyenne de 2,2 d pour avoir deux images rétiniennes de même qualité.
      Les deux lignes de regard convergent en MC, le sujet extériorise donc le point ML en MC. On va calculer la convergence nécessaire en calculant les angles de rotation vrais des deux yeux:
      Cnec (D ) = w 'D+ w 'G (ces deux angles étant exprimés en dioptries prismatiques.)
      Comme nous l'avons montré:

LQ'D = LQ'G = 25 mm LQD = 23,8 mm et LQG = 22,2 mm



Conclusion: Anec » Cnec , la relation entre la convergence et l'accommodation nécessaires reste vraie même pour un couple anisométrope. Mais dans ce cas, il faut remarquer que les deux yeux ne tournent plus du même angle. Un point ML appartenant au plan médian n'est plus extériorisé dans ce plan.

    1. Conclusion:
    2. On nomme demande du couple oculaire pour un point de fixation donné, l'ensemble des deux valeurs Anec et Cnec représentant l'accommodation et la convergence que le couple doit théoriquement mettre en jeu pour voir simple et net.
      Nous venons de montrer que pour un couple emmétrope ou parfaitement compensé, cette liaison se traduit par la relation:

      Anec
      = Cnec

      On dit dans ce cas que la liaison accommodation convergence est normale.

      Quand on fait varier la position du point de fixation, la demande va varier et on peut la représenter sur le diagramme (A,C). La droite représentative est appelée droite de liaison normale accommodation convergence (LNAC) ou droite de Donders.

      Cette droite est purement théorique, car nous avons raisonné sur le stimulus d'accommodation. En fait le couple oculaire mettra en jeu une accommodation qui peut être légèrement différente de l'accommodation nécessaire. Le sujet jeune accommode plus que l'accommodation nécessaire en vision de loin et, en vision de près il aura tendance à accommoder d'autant moins que la tâche visuelle est peu exigeante. La convergence mise en jeu est égale à la convergence nécessaire avec une très bonne précision car le système visuel est très sensible à la diplopie. Cette droite ne constitue qu'une référence et non pas un comportement physiologique normal.

    3. Cas d'un amétrope isométrope non compensé
    4. Cas de l'hypérope
      Nous prenons le cas d'un hypérope, non compensé, de réfraction axiale principale R dont le parcours d'accommodation inclut la VL et la VP (40 cm). En vision de loin, la convergence nécessaire est toujours nulle mais il doit accommoder de Anec = R pour voir net. En vision de près, la convergence nécessaire est de 2,5 a.m et l'accommodation de 2,5 d + R. La liaison accommodation convergence pour cet hypérope va donc se trouver au dessus de la droite de Donders.


      Cas du myope
      Dans son parcours d'accommodation, pour un point de fixation donné, l'accommodation nécessaire est inférieure à celle de l'emmétrope de la valeur absolue de sa réfraction. Par contre la convergence nécessaire reste identique. La liaison accommodation convergence pour ce myope se trouve donc au dessous de la droite de Donders.
      On peut dans le cas d'un myope léger remarquer la souplesse de cette liaison quand on le voit passer de la lecture avec lunettes (LNAC) à la lecture sans lunettes.

       

III - dissociation partielle entre accommodation et convergence

Nous venons de voir en observant le comportement d’un myope léger qui peut lire de près avec ou sans lunettes que la relation entre accommodation et convergence possède de la souplesse. En dissociant partiellement accommodation et convergence, nous avons pour but d’apprécier cette souplesse. Deux moyens de dissociation sont possibles: soit bloquer la convergence et faire varier l’accommodation, soit bloquer l’accommodation et faire varier la convergence.

  1. Variation de l'accommodation à convergence constante:
  2.  

     

     

     

    On considère un couple oculaire parfaitement compensé fixant un point ML. Pour simplifier le schéma, nous avons choisi un couple emmétrope. Si l'on place devant chaque œil des verres égaux (ici négatifs) centrés sur la ligne de regard, ils ne vont pas modifier la convergence nécessaire:

    Le plan d'accommodation a varié puisque le couple regarde les images de ML à travers les verres et l'accommodation nécessaire est maintenant:

    (œil emmétrope)

    LML et HML sont voisins, ils ne différent pas de plus de 7% maximum en pratique. On en déduit donc que: Anec » A0 - De . Avec des verres négatifs, l'accommodation que devra mettre en jeu le couple va être plus forte et avec des verres positifs plus faible.
    En pratique, on fixe le test de lecture à une distance donnée (en général 40 cm). Le sujet porte ses compensations. On ajoute des verres négatifs de plus en plus concaves jusqu'au moment ou le sujet indique qu'il ne voit plus net. On note la valeur D- correspondant au moment de la perte de vision nette. A ce moment, le couple oculaire a mis en jeu l'accommodation maximale compatible avec la convergence fixée. On appelle cette variation d’accommodation permettant la vision nette pour une convergence fixée l’accommodation relative positive (ARP). On recommence avec des verres positifs et on note D+ la valeur des sphères au moment de la perte de vision nette. Le couple oculaire met alors en jeu l'accommodation minimale pour la convergence fixée. Cette variation d’accommodation est l’accommodation relative négative (ARN).

    Pour une convergence fixée, le couple oculaire pourra donc faire varier son accommodation pour continuer à voir net. La relation accommodation convergence possède donc une certaine souplesse. Pour la convergence C0 , le couple oculaire dispose d'une amplitude relative d'accommodation qui est égale à Amax - Amin ou A+ + A-.

     

     

  3. Variation de la convergence pour une amplitude d'accommodation fixée:
a) Influence d'un prisme placé devant un œil:

Considérons un couple oculaire fixant un point M situé très loin. Comme nous l'avons montré, la convergence et l'accommodation nécessaire pour le voir simple et net sont nulles. Nous plaçons maintenant devant l’œil droit un prisme base nasale de puissance D (D ). L'image du point M donnée par le prisme se trouve dans le même plan que M, l'accommodation nécessaire pour voir net n'est donc pas modifiée. Exprimons la convergence nécessaire pour que le couple oculaire puisse voir ce point M net.
Pour qu'il en soit ainsi, il faut que les images M'D et M'G se forment sur les fovéas donc que l'oeil droit tourne de l'angle D. La convergence nécessaire est ici négative puisqu'il s'agit en fait d'une divergence.

Cnec (D ) = - D (D

b) Influence de prismes égaux placés devant chaque œil:

Nous allons considérer le cas d'un couple oculaire fixant un point ML situé à distance finie.

        1.  

           

           

           

Devant chaque œil, on place un prisme base temporale de puissance D (D ). Le prisme droit donne de ML une image MD et le prisme gauche une image MG . Si on néglige la distance des prismes au centre de rotation de l’œil: .
Pour que les deux yeux voient simples, ils doivent donc tourner vers le nez chacun d'un angle D afin que les images rétiniennes de MD et MG se forment sur les fovéas correspondantes. Ils doivent donc mettre en jeu une convergence de Cnec (D ) = w (D ) = 2.D (D ) + C0..

Si, par convention, on décide de compter D positif quand le prisme favorise la convergence (prisme base externe) et négatif quand il favorise la convergence (prisme base interne), cette relation sera toujours valable.

c) Résultats expérimentaux:

On présente au sujet un test de lecture (soit en V.L, soit en V.P). Il porte ses compensations et il a une vision simple et nette. On place devant chaque œil un diasporamètre base horizontale (soit B.Int, soit B.Ext) réglé sur la valeur 0. On augmente régulièrement la puissance du prisme en commençant par la base interne. Dans un premier temps, le sujet conserve une vision simple et nette (les yeux "louchent" derrière les prismes). Pour une certaine valeur des prismes, le sujet peut constater que la netteté diminue. La valeur de la convergence au moment du passage de la vision nette à la vision floue définit le point de flou. Si on continue à augmenter la valeur des prismes, au point de Bris, le sujet perd la vision simple, il y a diplopie. Si à partir de ce moment, on diminue la valeur des prismes, il ne retrouvera la vision simple qu'au point de recouvrement.

           

Voici deux séries de valeurs moyennes avec les tolérances:
-en caractère normal: celles données par C. DARRAS dans son Cours d’analyse optométrique ( Ed. CPO)
- en italiques: celles de MORGAN fournies par D.A. GOSS dans Ocular accommodation, convergence and fixation disparity (Ed. Butterworth-Heinemann)

     

    DIVERGENCE (convergence négative)

    CONVERGENCE (convergence positive)

     

    relative

    fusionnelle

    recouvrement

    relative

    fusionnelle

    Recouvrement

    V.L

     

    - 8 D ± 2

    ½ bris

    + 8 D ± 1

    + 19 D +2

    ½ bris

       

    - 7 D ± 2

    - 4 D ± 1

    + 9 D ± 2

    + 19 D ± 4

    + 10 D ± 2

    V.P (40 cm)

    - 14 D ± 2

    - 22 D ± 2

    ¾ bris

    + 15 D ± 2

    + 21 D ± 2

    2/3 bris

     

    - 13 D ± 2
    ou pas de flou

    - 21 D ± 2

    -13 D ± 3

    + 17 D ± 3
    ou pas de flou

    + 21 D ± 3

    + 11 D ± 4

    Pour les amplitudes relatives d’accommodation, ils donnent des valeurs identiques:
    ARP: 2,50 d ± 0,50 ARN: 2,00 d ± 0,25

    Ces valeurs moyennes sont données à titre indicatif mais il faut bien comprendre que l’on rencontrera nombre de patients dont les réserves et amplitudes sortent de ces moyennes et qui pourtant ne présentent aucune gêne. Pour cette raison, il suffit de retenir l’ordre de grandeur suivant :

d) Interprétation:

Prenons le cas de la mesure des convergences relatives et fusionnelles pour un stimulus d’accommodation fixé, le test étant placé à 40 cm. Quand on augmente la valeur des prismes base externe, la convergence du couple oculaire va augmenter pour continuer à voir simple. Cette augmentation de la convergence a tendance à stimuler l’accommodation. Dans un premier temps, le système visuel est capable de maintenir l’accommodation permettant de voir net mais il arrive un moment où cette stimulation de l’accommodation par la convergence supplémentaire mise en jeu ne peut plus être bloquée. L’accommodation mise en jeu augmente, le sujet voit alors flou. Quand on continue à augmenter les prismes, pour voir simple, le sujet augmente la convergence du couple jusqu’à la limite physiologique. A ce moment, il ne peut plus fournir l’effort demandé, il y a bris.
On peut remarquer que lors de la mesure des convergences négatives pour la VL, on ne peut observer de point de flou si l’on admet qu’avec ses compensations, le sujet n’accommode pas en vision de loin. L’accommodation ne pouvant prendre des valeurs négatives, la stimulation à une diminution de cette accommodation ne peut avoir d’effet sur une accommodation nulle.
Lors de la mesure des convergences relatives positive et négative (surtout positive), le sujet peut ne pas observer de flou. L'image se dédouble avant d'être apparue brouillée. Plusieurs types de sujets présentent ce phénomène : - Les myopes qui ont l'habitude de lire sans lunettes et ont entraîné leur système visuel à converger sans accommoder. - Les individus présentant une insuffisance de convergence car dans ce cas la diplopie se manifeste pour une convergence inférieure à celle qui entraîne une accommodation provoquant le flou - Les sujets qui sont capables d’une dissociation forte de leur synergie accommodation-convergence. Dans ces derniers cas, on admet que les réserves sont déterminées par le bris.
Lors de la mesure de l'amplitude d'accommodation positive, très influencée par l'âge, il n'est pas rare de trouver des sujets qui n'atteignent pas la performance attendue. Les ésophores sont coutumiers du fait: ils n'acceptent de libérer leur accommodation que si la convergence est également stimulée.

IV - Liaison accommodation convergence

En dissociant soit l'accommodation, soit la convergence, on vient de montrer que cette "liaison" possède une certaine souplesse. De ce fait, il est préférable d'employer le terme synergie accommodation convergence mais du fait de son ancienneté, le terme liaison continue à être très souvent employé.

  1. Diagramme accommodation convergence:
  2. En faisant varier la position du point de fixation donc les valeurs du couple (A0 , C0 ) , on peut mesurer dans chaque cas les capacités maximales de l'accommodation (amplitudes d'accommodation positive et négative) et de la convergence (convergences relatives). Si l'on porte l'ensemble de ces points sur un diagramme (A, C), on définit l'aire de vision simple et nette.

    Le diagramme suivant donné par C. Darras peut être considérée comme normal pour un sujet dont l'accommodation maximale disponible est de 7d et le proximum de convergence d'environ 12 a.m (correspondant à un bris à environ 8 cm des yeux). Dans certains ouvrages, cette aire est présentée comme un trapèze aux lignes obliques parallèles. Ce cas correspond à un comportement particulier et rare.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Limites du diagramme:
    Proximums:

    Quand on rapproche le test du sujet, le point représentatif de la demande se déplace sur la droite de liaison normale, la vision reste nette jusqu'au point Q proximum de vision binoculaire normale (PPA).

    Pour passer du point Q au point P punctum proximum d’accommodation, il faut solliciter la convergence en plaçant devant les yeux des prismes base externe. Au point P, la convergence maximale disponible est atteinte, P est le PPC : punctum proximum de convergence. C’est d’ailleurs lui que l’on déterminera en observant le moment du bris quand on rapproche un point lumineux du couple oculaire.
    Pour tout couple oculaire, il existe donc un domaine dans lequel se trouvent toutes les associations A, C permettant une vision simple et nette. Dans la pratique, la vision de près se faisant rarement en dessous de 25 cm seule la bande correspondant à des accommodations comprises entre 0 et 4 d aura de l'intérêt pour un emmétrope. La connaissance du PPA et du PPC sera aussi nécessaire.

  1. Exemples de diagramme

L'aire obtenue est significative d'une organisation du système vis à vis de la relation A/C. Elle évolue inexorablement avec l'âge en s'écrasant régulièrement.

Voici quelques exemples significatifs caractéristiques d’une vision binoculaire perturbée. Dans le prochain chapitre, nous verrons comment une méthode d’analyse utilise ce diagramme pour prévoir les moyens de remédier aux problèmes binoculaires.

  1. La convergence. Interprétation des résultats

        a) Passage de la position passive à la position active

 

 

 

 

 

Pour la majorité des couples oculaires en position passive (absence du réflexe de fusion), les lignes de regard des deux yeux ne convergent pas vers le point de fixation, on a mis en évidence une hétérophorie dissociée. Lorsque l'on supprime le dissociateur, le réflexe de fusion va stimuler la convergence : la convergence fusionnelle va ramener les deux lignes de regard sur le point de fixation pour permettre au sujet de voir simple. Cet effort (de convergence dans notre exemple de sujet exophore), dans la majorité des cas, ne pose pas de problème au sujet; il compense sans difficulté son hétérophorie.

b) Influence de l'accommodation

        1. Point de fixation immobile

Le sujet observe en position dissociée, un point de fixation situé à 33 cm devant lui. Il doit mettre en jeu une accommodation d'environ 3 d . On peut mesurer l'hétérophorie du sujet pour cette accommodation. En plaçant devant les yeux des verres de + 3 d , pour voir net, le couple oculaire va devoir mettre en jeu une accommodation qui est nulle. Si on mesure la phorie du sujet dans cette situation, on constate qu'elle a une valeur différente. La variation de la convergence résulte de la stimulation due à la variation de l'accommodation mise en jeu, on lui donnera le nom de convergence accommodative(CA = CF1 - CF3).

  1. Passage de la vision de loin à la vision de près

On mesure la phorie du couple oculaire en vision de loin puis en vision de près, par exemple à 33 cm. Dans le premier cas, l'accommodation nécessaire est nulle et dans le second cas, le sujet doit mettre en jeu 3 d pour voir net. La variation d’accommodation est identique au cas précédent et pourtant, l’on constate que la variation des phories mesurées n’est pas la même. La convergence C mise en jeu par le passage de la vision VL à la vision VP en position dissociée est égale à wD + wG. Cette convergence a été stimulée par la variation de l'accommodation ( convergence accommodative - CA ) et par la conscience que le sujet a de la proximité du point de fixation dans le second ( convergence proximale - CP ). Cette dernière est le fruit d’un réflexe acquis agissant sur les muscles adducteurs dès qu’un objet apparaît dans l’espace rapproché. Dans la vision habituelle, CA et CP se complètent et leurs actions se chevauchent partiellement. Elles ne sont isolées que dans des conditions de vision particulières telle celle que nous avons décrite au paragraphe précédent.

 

 

 

 

 

 

 

    1. Rappels de physiologie
a) La fonction accommodative

L'accommodation est la fonction qui permet à l’œil de voir successivement et nettement des objets situés à des distances différentes. Plusieurs hypothèses furent avancées pour expliquer ce phénomène. C'est Descartes (1662) qui expliqua l'accommodation par des variations de courbure du cristallin sous l'action des muscles ciliaires. La théorie de Helmholtz, qui jusqu'au recherches récentes semblait la plus satisfaisante, proposait que l'accommodation se produise par relâchement de la zonule sous l'effet de la contraction des muscles ciliaires, le cristallin se bombant de lui-même. Gullstrand compléta cette hypothèse en supposant que lors de l'accommodation le glissement des fibres du cristallin les unes par rapport aux autres entraînait une modification d'indice. Vogt en 1924 pensait que le changement d'indice serait plutôt dû à une modification de la structure de ces fibres.
L'hypothèse actuelle est de nature dualiste, elle fait intervenir une action d'accommodation et une action de désaccommodation. Elle fut proposée par Henderson (1926) et semble confirmée par des expériences récentes. Elle s'appuie sur la structure des muscles ciliaires qui comprennent deux groupes de faisceaux:

- Le groupe de Rouget-Muller (fibres circulaires lisses) qui, en se contractant, refoule la zonule de Zinn et permet l'augmentation de vergence du cristallin et donc l'accommodation. Ce groupe est sous la dépendance du système parasympathique.

- Le groupe de Brucke (fibres radiales lisses) s'opposent aux précédents et maintiennent la zonule de Zinn tendue. Leur contraction permet la désaccommodation. Il est sous dépendance sympathique.

Ces deux groupes sont antagonistes et en l'absence de toute stimulation leur tonus maintient le système en position d'accommodation tonique (le point conjugué de la rétine dans cette situation est souvent appelé point zéro). A partir de cette accommodation tonique, en cas de stimulation, l’œil va accommoder ou désaccommoder.
On remarquera que dans tous les calculs effectués en optique physiologique, le point zéro de l'accommodation est situé au rémotum ce qui semble en contradiction avec les nouvelles hypothèses du fonctionnement accommodatif. Cet héritage du passé perdure puisqu'il a fait preuve d'efficacité opérationnelle dans la prescription des moyens de correction.
L'accommodation est un acte réflexe déclenché par plusieurs stimuli dont les deux principaux, très souvent associés, sont l'analyse du défaut de mise au point de l'image rétinienne et la convergence mise en jeu par le couple oculaire. Ils peuvent agir séparément par des voies nerveuses différentes.
L'analyse du défaut de mise au point se fait selon deux voies réflexes. Une voie longue emprunte le nerf optique, passe par le cortex visuel et se dirige vers les noyaux d'Edinger Westphall. Une voie courte emprunte une partie du nerf optique, passe par les tubercules quadrijumeaux antérieurs (région prétectale) et rejoint les noyaux EW. Ceux-ci vont commander le sphincter pupillaire et le muscle ciliaire par l'intermédiaire de la paire de nerfs III.
L'influence de la convergence se ferait au niveau du ganglion ciliaire qui reçoit les influx proprioceptifs des muscles oculo-moteurs concernés.
C'est un mécanisme relativement lent qui demande 0,2 à 0,4 seconde. Cette vitesse diminue avec l'âge et est plus grande pour le passage V.L à V.P que pour l'inverse.

b) Mécanisme de la convergence:

La stimulation principale de la convergence est due au désir de fusion. Son origine se situe dans le cortex visuel par analyse des deux images rétiniennes. D'autres stimulations réflexes interviennent: l'accommodation mise en jeu, la position de l'objet. La convergence peut aussi être volontaire, son origine est alors dans le lobe frontal. Tous ces influx arrivent au centre de la convergence: le noyau central du III (noyau de Perlia), l'accord sur ce point est à peu près unanime. Il commande les noyaux des muscles concernés. C'est une voie très rapide.

c) Conclusion:

Le mécanisme de convergence et celui d'accommodation sont de nature différentes et n'ont pas la même vitesse. Les deux phénomènes concourent au même but: avoir une vision simple et nette. Ils ne sont pas liés rigidement entre eux et c'est pourquoi il est préférable d'employer le terme de synergie à celui de liaison qui laisserait penser à un enchaînement plus rigide.

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